l'appareil photo : choisir un objectif

Si ta photographie n'est pas bonne, c'est que tu n'étais pas assez près.

Robert Capa

l'objectif, le capteur numérique et le format des tirages sont à considérer dans leur ensemble

En photographie comme en haute fidélité il faut raisonner chaîne. Rien ne sert d'acheter un reflex comme le Canon 5DSr et son capteur de 50Mpx si vous n'investissez pas dans des objectifs d'exception.

la tentation du zoom...

En 1980, on achetait son appareil 24x36 avec un 50mm (qualifié alors d’objectif normal). Le zoom, comme par exemple l'Angénieux 70-210 f/3.5 était une curiosité qui faisait débat.

Aujourd’hui, le zoom est devenu l’objectif « standard » pour le meilleur comme pour le pire.

Il nous permet de modifier facilement et rapidement un cadrage (éliminer un élément perturbateur en bordure d’image, élargir ou resserrer le plan...) sans avoir à changer d'objectif.

Sur le plan artistique, le zoom tend à nous rendre moins créatif en nous incitant à agir sur le cadrage au détriment de la perspective qui nous donne une sensation de profondeur. En effet, à la différence du cadrage, la perspective géométrique d’une photographie ne dépend pas de la focale de l'objectif ! Elle dépend uniquement de la position relative de l’appareil par rapport au sujet. Autrement dit, elle dépend de la distance du sujet et de l’angle de prise de vue (frontale, contre-plongée, plongée).

Au moment du choix d'un zoom, il faudra considérer avec attention :

tout en ayant à l'esprit qu'il est difficile de concilier qualité optique, amplitude de focales et encombrement.

Pour bien des professionnels, il y a bien sûr les indispensables télézoom Nikon ou Canon 70-200 f/2.8 ou 24-70 f/2.8... Ceux-ci sont excellents, chers et encombrants.

Canon EF 70-200mm f2.8
Canon EF 70-200mm f2.8

Un zoom comme le Canon EF 24-70 f/4 L IS USM sera par exemple un excellent compromis.

Pour ma part, seuls les zoom ultra grand-angle tels que le AF-S Nikkor 14-24mm f/2.8 G ED et les télézooms me semblent intéressants.

la tentation de la focale fixe...

Un objectif à focale fixe est généralement très performant car il est réalisé avec le minimum de compromis.

Dans l’inconscient collectif des photographes argentiques cela nous renvoie aux objectifs mythiques Leica (Summilux, Summicron ou Elmar) ou Carl Zeiss (Tessar, Planar ou Distagon).

Leica APO-Summicron-M 50mm f2
Leica APO-Summicron-M 50mm f2

Choisir une focale fixe est un choix forcément limitant qui stimule la créativité et qui permet de gagner en cohérence, en qualité.

Techniquement, la focale fixe est généralement plus lumineuse que le zoom. En numérique, le choix d’une ouverture f/1.4 ou plus sera avant tout un choix esthétique (car il est facile d'augmenter la sensibilité avec d'excellents résultats). Ces objectifs sont plus lourds et aussi bien plus coûteux qu'une version qui ouvre à f/2. Ce sera le choix du portraitiste qui achètera un 85mm f/1.4 pour ses sublimes flous d’arrière plan.

Nikon AF-S 85mm f1.4 G
Nikon AF-S 85mm f1.4 G

Aujourd'hui les focales fixes semblent revenir à la mode. Parmi elles le 50mm est une focale assez universelle, lumineuse, de bonne qualité, pas trop coûteuse qui restitue la perspective de façon naturelle.

En 24x36mm, le 50mm est associé à Henri Cartier Bresson, Ralph Gibson, Bernard Plossu...

Je crois que la meilleure façon d'apprendre à cadrer est de travailler exclusivement avec un objectif 50 mm pendant plusieurs années. Il faut atteindre le stade où l'on peut se placer sans hésitation à la bonne distance d'un objet de telle sorte qu'il se trouve correctement cadré lorsqu'on porte l'appareil à ses yeux. Ce n'est qu'en répétant cet exercice encore et encore, comme un pianiste ferait ses gammes, que l'appareil devient une extension immédiate de l'oeil.

Ralph Gibson

Ces dernières années, les grandes marques d'optique ont toutes réactualisé leurs modèles. L'aptitude d'une optique et plus généralement du couple optique/appareil photo à restituer des détails dans les zones nettes et dans les zones floues est à considérer avec attention.

Pour ma part, j'aprécie le AF-S Nikkor 58mm f/1.4 G pour son comportement très spécifique : un flou très progressif à courte distance et à grande ouverture, un fort piqué et une belle planéité de champs en paysage.

en conclusion...

Choisissez celui qui vous plaît, qui s’harmonise le mieux à votre dernière voiture, à la couleur de votre costume, ou qui est utilisé par votre photographe favori...

Jeanloup Sieff

Le marketing essaie de nous fait croire que l’appareil photographique est primordial, que ses fonctions embarquées feront de nous de bons photographes. Malheureusement, il n’en est rien. Maitriser la technique permet tout au plus de traduire avec davantage d’aisance son message mais ce qui fait que la photo est bonne, qu’elle interpelle celui qui la regarde n'est pas dans l’objectif ou l’appareil utilisé.

L’essentiel, c’est de développer son regard au fil des années.

L’essentiel, c'est d'être capable d’exprimer ses sentiments, de faire passer ses émotions.

L’essentiel c’est l’exigence. Etudiez les travaux des peintres et des photographes et surtout travaillez avec persévérance.

Achetez par exemple un reflex avec un objectif léger et qualitatif (35mm f/1.8 ou 50mm f/1.8). Utilisez le mode tout automatique ou le mode priorité diaphragme et expérimentez !