l'appareil photo : comment le choisir ?

Le meilleur appareil est celui avec lequel on est à l’aise.

Jean Gaumy

la tentation de la photographie...

la photographie c’est d’abord des envies : le désir de voir, une attirance pour la lumière, un théâtre d’ombres, un regard…

mais depuis son origine, la photographie entretient un lien fort avec la technique : la camera obscura, l’alchimie du développement…

il n’est donc pas étonnant que la question de l’appareil photographique soit une question récurrente qui hante de nombreux photographes

Clément Chéroux & al.

L'appareil photographique est un objet singulier. Ses caractéristiques techniques, sa forme, son histoire... lui confèrent une identité. Son choix est à la fois futile et essentiel car, s'il ne fait pas le photographe, il peut parfois le rendre meilleur.

Malheureusement, notre désir d'avoir toujours plus pour moins cher, les récits du marketing, la multiplicité des offres et des avis nous font souvent perdre de vue l'essentiel.

Leica Ur (prototype) - 1913
Leica Ur (prototype) - 1913
Iphone X - 2017
Iphone X - 2017

Dans une approche raisonnée de la question, ce doit être le projet et le budget (ou le retour sur investissement pour un professionnel) qui détermine la catégorie de matériel dont on a besoin.

Cela permet de tenir compte du fait que l'appareil photographique (type, possibilités offertes...) influence la relation du photographe à son sujet et donc le style de ses images. Ainsi, choisir une chambre photographique ou un Iphone est autant un acte « artistique » que technique.

Définir son projet requiert un questionnement approfondi.

Supposons le projet clarifié. Comment faire un choix parmi les modèles qui répondent à votre cahier des charges ?

En fait, au sein d'une même gamme de prix, les performances se valent globalement. Aussi, plutôt que risquer de se perdre dans l'étude comparée des caractéristiques techniques et les avis multiples, je pense qu'il vaut mieux s'en remettre à ses sensations.

Il faut donc se rendre dans un magasin de photo et l'essayer. Dans cette approche, la location pourra s'avérer pertinente.

Tout d'abord, il faut que son appareil soit beau. Le design, la qualité des matériaux ont leur importance. Est-on plus sensible à la sensualité des courbes d'un Canon EOS ou au style bauhaus d'un Leica M ? A la ligne « rétro » d'un Fuji ou à la ligne contemporaine d'un Sony ?

Il faut alors le prendre en main et se sentir bien avec. Le poids, l'encombrement, la facilité d'accès aux commandes doivent être éprouvés. Un appareil comme un Nikon D5 s'approchera de la perfection pour les uns ou au contraire sera considéré comme trop gros, trop lourd par les autres.
Il faudra bien sûr tenir compte de l'objectif que vous pensez utiliser le plus souvent. Pour ma part, je trouve qu'un Nikon D850 et un 35mm f2 forment un ensemble très maniable. Une configuration « Canon 5D Mark IV (800g) + Canon 70-200mm f/2.8L IS II USM (1490g) » me semble plus équilibrée que la configuration « Sony Alpha 7 II (556g) + Sony 70-200mm f/2.8 GM (1480 g) ».

Nikon D5
Nikon D5 (2015)
Canon EOS 1D X Mark II
Canon EOS-1D X mark II (2016)

Le viseur (s’il y en a un) est évidemment un élément essentiel. Sa couverture, sa clarté, le dégagement oculaire sont à considérer avec attention. Le viseur optique d'un Leica M ou d'un Nikon D5 sont des modèles du genre tout en étant très différents.
Aujourd'hui les viseurs numériques tendent à remplacer les viseurs optiques. Les avancées technologiques (définition, raffraîchissement, temps de fidélité des couleurs, contraste...) sont nombreuses et rapides. Ils ont pour avantage de faciliter la visée en ambiance peu lumineuse, de pouvoir corriger l'exposition à la prise de vue et de permettre des appareils plus petits. Par contre, ils fonctionnent que si l'appareil est allumé et je ne vois pas l'intérêt d'encombrer la visée d'une foule d'informations (histogrammes...).
Pour ma part, je préfère les viseurs optiques qualitatifs comme celui du Nikon D850 : une couverture de 100%, un grossissement 0,75 et un dégagement oculaire de 17mm.

Le son lors du déclenchement a aussi son importance. Ecoutez la différence entre un Nikon D5, un Canon 5D Mark 4, un Leica M10. Les photos de rue avec un Nikon D810 sont bien plus discrètes qu'avec un D800E. L'obturation électronique offre le silence et des possibilités de temps de pose extrêmement courts 1/32000. Ces avantages ne doivent cependant pas faire oublier les risques de déformations des objets en mouvement (rolling shutter) ou les artefacts lumineux.

Enfin, il faut que son utilisation soit simple et sûre (qu'il ne se dérègle pas facilement, que l'on ait sous les yeux et la main accès aux quatre paramètres essentiels de prise de vue : vitesse d'obturation, ouverture, mise au point et sensibilité ISO.).

Malheureusement, le marketing et les possibilités technologiques tendent à faire croître la complexité des appareils. Il suffit de regarder le nombre de pages des manuels utilisateurs pour s'en convaincre : 99 pages pour l’Olympus OM-2(1975) et 279 pages pour le D850 (2017) !

J’espère que les fabricants reviendront à la sobriété. L'utilisation d'un appareil photo doit être simple et intuitive. De ce point de vue, une ergonomie héritée des appareils argentique me semble la plus efficace. Les paramètres essentiels de prise de vue : vitesse d'obturation, ouverture, sensibilité ISO... sont directement accessibles et respectent le principe « une touche, une fonction ». Concernant les menus, Canon a montré la voie à suivre. Une fonctionnalité ne sert à rien si elle est difficile d'accès ! Enfin l'appareil ne doit pas se dérégler facilement. Le Leica M-60 (2014) sans écran est à cet égard à la fois un objet luxueux et radical.

Parmi, les autres caractéristiques techniques à prendre en compte : la précision et la réactivité de l'autofocus ; une autonomie suffisante ; un écran arrière bien défini, tactile et inclinable...

Au final, pensez aussi au regard qu'auront les personnes photographiées avec votre appareil. La discrétion d'un appareil télémétrique ou d'un Iphone, l'agressivité d'un reflex avec un zoom pro, le « sérieux » d'un moyen format ou d'une chambre... n'auront pas le même effet sur elles.

capteur numérique ou film argentique ?

Leica M6
Leica M6 - 1984
Leica M type 240
Leica M (240) - 2014
Leica M type 240
Leica M-D (240) - 2016
Leica M10
Leica M10 - 2017

Aujourd'hui, le choix de l'argentique est celui de la lenteur, de l'artisanat... On choisira la Tri-X Kodak pour la sensualité de ses grains d'argent, alors qu'en 1954 c'était pour accéder à de nouvelles images.

Le choix du numérique c'est celui de la vitesse, de l'agilité.

Les performances sont étonnantes. Il est possible de photographier là où l'oeil ne distingue rien et de faire des tirages en A1 avec une richesse de détails inédites dans l'histoire de la photographie.

Les générations de capteurs, d'écrans, de microprocesseurs se succèdent et donnent une idée de l'état de l'art industriel.

Il faudra cependant se souvenir que les caractéristiques liées aux capteurs (la taille, la résolution, la dynamique, la gestion du bruit...) se résument à de simples critères de reproductibilité techniques si elles ne sont pas mises au service d'un projet.